Pourquoi ces effets existent
Pendant longtemps, reproduire une image a coûté cher : l’imprimerie ne disposait que de quelques encres, les premiers écrans de deux, quatre ou seize couleurs, les terminaux de simples caractères. Pour suggérer des nuances malgré tout, imprimeurs et informaticiens ont inventé des techniques ingénieuses. Ce qui était une contrainte est devenu une esthétique, que l’on retrouve aujourd’hui sur les affiches, les pochettes, les sites et les réseaux sociaux.
Le dithering (tramage)
Le dithering simule des nuances avec un nombre limité de couleurs. Au lieu d’un gris, il dispose des pixels noirs et blancs en proportion : de loin, l’œil les mélange. Il existe deux grandes familles :
- La diffusion d’erreur (Floyd–Steinberg, Atkinson, Jarvis, Stucki, Sierra) : chaque pixel est arrondi à la couleur la plus proche, et l’erreur commise est reportée sur ses voisins. Le résultat est organique et détaillé. Floyd–Steinberg est le plus fidèle ; Atkinson, plus contrasté, rappelle les premiers ordinateurs personnels.
- Le tramage ordonné (matrices de Bayer 2×2, 4×4, 8×8) : un motif de seuils régulier, qui produit les quadrillages caractéristiques des jeux vidéo et des écrans des années 80. Très graphique, il se marie bien avec une palette de deux à quatre couleurs.
Le dithering prend tout son caractère avec une palette réduite : noir et blanc, vert phosphore sur noir, ou les seize couleurs des anciens ordinateurs.
08Essayer l’outil gratuitGrain15 effets d’image et un post-traitement rétroOuvrir →La demi-teinte (trame d’imprimerie)
La demi-teinte vient de l’imprimerie offset et de la presse. L’image est convertie en une grille de points dont la taille varie : gros points dans les ombres, petits dans les lumières. En couleur, quatre trames (cyan, magenta, jaune et noir) sont superposées avec des angles différents, ce qui crée les petites rosaces visibles à la loupe sur un magazine.
Agrandie volontairement, la trame devient un effet graphique fort, très « pop art » ou « bande dessinée ». C’est aussi un effet qui s’exporte en vectoriel : chaque point est un cercle, net à toutes les tailles.
Dithering ou demi-teinte ? La demi-teinte garde une grille régulière et fait varier la taille des points ; le dithering garde des pixels identiques et fait varier leur répartition.
L’art ASCII
L’art ASCII dessine une image avec des caractères de texte. Chaque zone de l’image est remplacée par un caractère plus ou moins « dense » : une espace pour le blanc, un point pour un gris clair, un @ ou un # pour le noir. Né sur les terminaux et les imprimantes des années 60 et 70, il évoque aujourd’hui le code, la culture hacker et l’informatique d’antan.
Le choix du jeu de caractères change tout : quelques signes simples pour un rendu net et lisible, une longue gamme de caractères pour plus de détails, des blocs (░▒▓█) pour un effet pixel, des 0 et des 1 pour l’imaginaire binaire. L’art ASCII peut être exporté en image, en SVG ou en simple fichier texte.
Les autres effets rétro
- Pluie de code : des colonnes de caractères qui tombent, l’imaginaire des films de science-fiction des années 2000.
- VHS : bandes de couleur décalées, lignes parasites et image qui ondule, comme une cassette usée.
- Écran CRT : lignes de balayage, lueur autour des zones claires, aberration chromatique (couleurs qui se décalent sur les bords) et légère courbure de l’écran.
- Tri de pixels : des traînées de pixels triés par luminosité, l’effet « glitch » de l’art numérique.
- Hachures et lignes ondulées : l’image redessinée en traits, comme une gravure ou un billet de banque.
Des photos aux lignes : l’art géométrique
Dans la même veine, une photo peut être réinterprétée en courbes de niveau (comme une carte topographique de la lumière), en lignes de flux façon gravure ou en réseau de points reliés. Ces rendus, plus contemporains, partagent avec les effets rétro le goût de l’image construite avec un vocabulaire réduit.
06Essayer l’outil gratuitGéométrieCourbes, flux, réseaux de points, trames et glyphesOuvrir →Nos conseils de graphiste
- Choisissez une image simple. Un sujet net sur un fond peu chargé, avec de bons contrastes, survit beaucoup mieux à la réduction des couleurs qu’une scène fourmillante.
- Réglez le contraste avant l’effet. Un peu plus de contraste et de luminosité sur la photo de départ évite les zones grises indéfinies.
- Jouez sur l’échelle. Une trame ou des caractères volontairement gros transforment l’effet technique en parti pris graphique. À l’inverse, une trame très fine donne une texture subtile.
- Limitez la palette. Deux couleurs bien choisies (une encre, un papier) font souvent plus d’effet que les couleurs d’origine. Notre guide pour créer une palette de couleurs vous aidera à les choisir.
- Exportez au bon format. En PNG, désactivez tout redimensionnement ultérieur : un pixel art agrandi par un logiciel devient flou. Préférez l’export ×2 ou ×4, ou le SVG pour les effets vectoriels.
Pour un rendu rétro plus photographique, avec grain et couleurs de pellicule, lisez notre guide sur l’effet argentique.
01Essayer l’outil gratuitMotifFragments, grilles et encres décaléesOuvrir →